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Focus sur La Recyclerie

ZigetZag.info a rencontré Lauren Ciancio à

La Recyclerie, Boutique Solidaire, by AMITEL

25 rue de Lucerne à Strasbourg

La Recyclerie, Boutique Solidaire, by AMITEL reprend et revend des objets afin de proposer des produits d’occasion (et donc éco-responsables) aux resident-e-s d'AMITEL et au public. La boutique est également un espace pour des ateliers de réparation / transformation des objets ou des ateliers de sensibilisation et enseignement d’éco-gestes. La boutique fonctionne avec l’appui d’un groupe de bénévole-s  en coordination avec Lauren Ciancio, éco-conseillère. Passez découvrir le projet de lundi au vendredi de 14h-18h.

Si vous deviez symboliser votre structure par un seul mot, quel serait-il ? 

Sans hésiter, l’enthousiasme de faire se rencontrer les gens et les objets ! Ces derniers créent du lien et mettent en relation les gens entre eux.

La Recyclerie est d’abord un lieu d’accueil où les gens sont toujours très bien reçus, avec une écoute bienveillante à leur égard. Il faut dire que c’est dans notre ADN. Amitel, qui a développé le projet de La Recyclerie, accompagne et héberge depuis 100 ans des jeunes de 18 à 30 ans.

C’est un lieu de rencontre et de passage où les familles, les voisin-e-s viennent voir ce qu’il s’y passe et parfois même, prêter main forte.

L’Economie Sociale et Solidaire a pour vocation, avant tout, de mettre en avant l’humain. A la Recyclerie, nous vendons des objets d’occasion. Mais notre objectif en premier lieu est de créer du lien entre les gens pour ensuite faciliter la transmission d’objets.

Un objet emblématique de la Recyclerie ?

Une grande casserole, symbole de l’esprit de partage ! C’est le type d’objets que l’on trouvait le plus fréquemment aux débuts de la Recyclerie. Elle renvoie à la cuisine, la convivialité et le partage de nourriture.

Le bonheur à la Recyclerie, c’est quoi ?

Mon bonheur de tous les jours, c’est la rencontre avec les résident-e-s que l’on accueille. C’est aussi les bénévoles qui s’engagent ! Mais ce que j’adore particulièrement c’est lorsque les gens ramènent des objets qui leur sont chers, avec lequel ils ont un lien émotionnel. Je trouve cela formidable de partager les souvenirs que contiennent ces objets. C’est très puissant ! J’aime les gens et j’adore aussi les objets et l’histoire qui les entoure. Ils évoquent un moment particulier de la vie, que celui-ci soit triste ou joyeux, c’est cela qui me fait vibrer. Mettre en relation des personnes avec les objets qu’ils recherchent, m’apporte aussi une grande satisfaction au quotidien.

Vos combats du moment, vos besoins actuels ?  

Ce qui m’agace peut être le plus, c’est d’être à court de temps. L’organisation des objets dans la boutique est également un problème à gérer car nous en recevons beaucoup, tout en ayant très peu d’espace. Nous avons besoin de nous faire connaitre, attirer plus de clients dans la boutique pour ainsi écouler et renouveler nos objets.

Votre rêve pour demain matin ? Votre utopie pour après-demain midi ?

J’aimerais qu’à terme, la boutique soit plus investie par les bénévoles, qu’ils puissent gérer un peu plus le quotidien. Ce serait superbe si les habitant-e-s du quartier se tournent plus vers la Recyclerie pour leurs achats. Je souhaite qu’il existe un véritable lien entre les habitant-e-s du quartier et les résident-e-s.

L’idée est aussi que la Recyclerie devienne un point d’accueil, d’informations et de renseignements mais aussi un lieu de rencontres et de collaborations entre acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire. A titre d’exemple, nous avons accueilli l’association Campus Vert lors du lancement de l’Eco-guide, pendant la Semaine de l’Environnement, et nous allons coordonner un défi pour Strasbourg Capital Européenne ESS.

Plus globalement, qu’espères tu pour la société de demain ?

Je reviens sur cette idée de bienveillance et de lien humain. Il est primordial de se sentir bien soi-même pour être en capacité de développer la patience et la gentillesse avec les autres.

Je suis persuadée que le sentiment de bonheur peut, à terme, nous amener à consommer autrement. Souvent, nous avons besoin de récompenses, de distractions, de consommation, pour compenser tout le mal être que nous portons en nous. Mais si nous nous sentons bien avec notre corps, notre esprit, alors la consommation ostentatoire ne semble plus aussi urgente qu’avant.

Chaque personne progresse dans son propre parcours. L’important est de respecter le temps d’apprentissage et de prise de conscience de chacun.

Bien sûr, nous pouvons toujours faire mieux. Il ne s’agit pas de nous flageller, mais plutôt de nous féliciter des gestes que nous effectuons déjà au quotidien. L’écologie peut aussi passer par le plaisir, le lien humain, le changement de regard par rapport au système.

Justement, que faudrait-il mettre en place pour faire évoluer le système ?

Se donner la permission de ne pas tout savoir et demander de l’aide aux autres. Oser dire que nous avons besoin d’aide, tout simplement !

Mais cela n’est pas très français ! (rires)

Vous pensez que c’est une particularité française de ne pas reconnaître ses lacunes ?

Non, pas uniquement, les Américains pensent beaucoup comme cela aussi (Lauren est Américaine). Ce n’est pas vraiment dans les mœurs, en fait. Par exemple, il est difficile pour un superviseur d’avouer qu’il ne sait pas répondre sur tel sujet. Sauf que nous ne sommes pas censés tout savoir !

Donc l’évolution passe, d’après vous, par l’entraide ?

Je pense, oui. Par exemple, lorsque je suis partie en randonnée à vélo, récemment, je n’ai emporté aucun ustensile de cuisine. Cela m’a permis de créer du contact avec les gens lorsque je leur demandais de l’aide. Si j’avais été complètement autonome, je serais restée seule car je ne serais pas sortie de ma zone de confort. Aujourd’hui, lorsque nous sommes entièrement autonomes, que nous possédons tout ce dont nous avons besoin, voire plus encore, nous avons la fâcheuse tendance à rester enfermés dans notre bulle. Par peur du conflit, nous évitons les relations à l’autre et nous perdons petit à petit cette capacité de vivre ensemble. C’est pour cela, en partie que les gens préfèrent  commander sur internet plutôt que de se rendre en boutique ou demander de l’aide à leur voisin.

Notre objectif est de faire en sorte que la société dans laquelle nous vivons, sorte de cette tendance d’isolement où il existe de moins en moins d’attaches et de solidarité entre les gens. Nous espérons que cette petite boutique soit un lieu qui redonne envie d’aller vers les autres et partager ce qui nous lie en tant qu’être humain.